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lundi 9 janvier 2017

Top 2016


Sol : Bien que le top soit un exercice récurrent sur le web, en particulier pour les séries, bien que ce ne soit pas forcément représentatif de la production d'une année, qu'un top reste toujours subjectif, qu'on en oublie, qu'on a pas eu le temps de tout regarder, eh bien on l'a fait quand même.

Oncle Ernest : C'est débile.




The Knick, saison 2 *****

Je triche un peu car la diffusion de la 2ème saison a débuté en octobre 2015… Quoiqu’il en soit, ne passez pas à côté de cette série.

On y voit les débuts de la chirurgie moderne dans un hôpital new-yorkais, hanté par un docteur génial (Clive Owen), qui croit en la science et en un monde nouveau. Soderbergh filme à la perfection cet ancien monde basculant dans la modernité et son lot de nouvelles technologies, dont les usages vont révolutionner la médecine, mais pas seulement. Les acteurs sont excellents et la reconstitution de l’époque – décors, costumes – est magnifique. A ranger aux côtés de Mad Men et des Sopranos. Un chef d’œuvre.



Vikings, saison 4 *****

Tartine : Série télévisée canado-irlandaise créée par Michael Hirst. Nous sommes en Scandinavie, à la fin du VIIIème siècle et suivons la vie et les exploits d'un groupe de Vikings.
Cette saison se divise en 2 parties : après une pause de 6 mois et 10 épisodes, la seconde moitié de la saison a repris il y a quelques semaines. A l’heure où j’écris ces mots, l’épisode 16 a dû être diffusé hier aux Etats-Unis.

Voilà une série qui a pris le temps de mûrir, de grandir et de se complexifier. Tout en évoquant de manière très authentique le Haut Moyen Age, la série a su prendre, au fil des épisodes, une tonalité plus universelle, dépassant l’évocation de la vie viking et plus généralement celle du IXe siècle en Europe. Et son personnage principal, le visionnaire Ragnar Lothbrok -roi semi légendaire de la Suède et du Danemark- est apparu petit à petit comme un personnage intemporel, orfèvre de la stratégie militaire et politique, fascinant et rusé, presque diabolique.

Cette saison 4 nous offre les plus belles scènes de la série : le « rêve » de Ragnar, sa reconquête des siens (épouses, amis, fils) et cette série de scènes intimes qui s’égrènent au fil des épisodes de la seconde partie de la saison… Les épisodes 11 à 15 sont des joyaux d’écriture… Bienvenue au cœur d’une pure tragédie grecque et du crépuscule d’un immense personnage.




Peaky Blinders, saison 3 *****

Sol : Les britanniques sont les meilleurs. En termes de série.

Nous sommes ici plongés dans les rues noires et pauvres de Birmingham, en 1919, où une famille de gangsters fait la loi. Classique, me direz-vous. Sauf que le traitement visuel et sonore de cette saga est à couper le souffle : rarement on avait été aussi loin dans l’esthétisation du gangstérisme.

Cela pourrait poser quelque problème si à côté de cela, il n’y avait pas une crudité assumée de la violence et une complexité des personnages qui neutralisent ce qui aurait pu être une glorification du mal, comme on en voit si souvent. Mention spéciale à la bande-son (rock contemporain) qui accompagne parfaitement les épisodes d’une série qui est portée par des acteurs et des actrices tous très bons, et notamment par le magnétique Cillian Murphy.



Parks and recreation, 7 saisons *****

Tartine : Série américaine de Greg Daniels et Michael Schur. Cette série met en scène le quotidien des employés du département des parcs et des loisirs de la ville fictive de Pawnee, dans l’Indiana.
Voici certainement la meilleure série comique de tous les temps. A la maison, tout le monde l’a dévorée. La série a été –enfin- diffusée en France sur Canal + cette année. Vous y suivez le quotidien de Leslie Knope -aux grandes ambitions professionnelles et politiques- et de sa joyeuse bande de bras cassés.

Cela sous forme de mockumentaire (faux documentaire à l’intérieur de la série, toujours moqueur mais jamais méchant). Une fois passé le cap de la saison 1 (seulement 6 épisodes, un peu moyens ceux-ci il est vrai), vous ne pourrez plus oublier –entres autres- Leslie (l’éternelle optimiste), Andy (le gentil benêt), Ben (le tendre geek) ou encore Tom (le fan de marques toujours plein de projets) et surtout Ron, le chef de Leslie, carnivore convaincu et maître du jemenfoutisme et mon Dieu personnel.


The Americans, saison 4 *****

Sol : Toujours aussi palpitante, cette 4ème saison confirme ce que l’on avait pressenti : nous sommes en train d’assister à la construction d’une grande série d’espionnage et d’amour.




Westworld, saison 1 **** 

Aglaé : A l’origine, un livre du même nom  de Michaël Crichton adapté au cinéma sous le titre Mondwest en 1973. Le thème était novateur à l’époque : sur le modèle de Jurassic parc, un parc d’attraction propose à une clientèle fortunée de vivre des aventures dans un Ouest imaginaire peuplé de robots. Naturellement  les créatures du parc deviennent hors de contrôle…

La série reprend  le concept avec les moyens techniques actuels et plus de finesse. Avec le format série, nous entrons lentement et avec un trouble croissant dans une intimité psychologique ambigüe avec ceux qui ne devraient pas être vraiment humains mais qui semblent  quelquefois plus en évolution que les humains véritables. En trame de fond nous devinons les enjeux du pouvoir et les flirts dangereux entre science et pouvoir…  Un autre aspect du thème déjà abordé dans Akta Manniskor ou le célèbre Blade Runner. 





The Good place, saison 1 ****

Tartine : Série télévisée américaine créée par Michael Schur. Compte tenu de ses bonnes actions pendant sa vie, Eleanor, qui vient de mourir, se réveille au « Bon Endroit ». Sauf que la jeune femme réalise rapidement qu’il y a dû y avoir une erreur...
Sans se prendre au sérieux, les créateurs nous offrent une série rafraichissante, portée par deux comédiens savoureux et pétillants : Kristen Bell et Ted Danson. Une série qui ne tiendra pas forcément très longtemps mais à déguster tant qu’elle dure : légère et douce comme une sucrerie. Et attention au final de cette première saison... Surprenant !



Narcos, saison 2 ***

Sol : Cette seconde saison est encore plus réussie que la première, ce qui est une prouesse. On y suit toujours la destinée de Pablo Escobar, le plus connu des narco trafiquants colombiens, à travers les yeux de plusieurs contemporains : famille, policiers, associés. Un biopic très bien réalisé, classique, mais instructif et prenant de bout en bout.




Braindead, saison 1 ***

Tartine : Série télévisée américaine crée par Michelle et Robert King. Imaginez que des insectes extraterrestres se nourrissaient de votre cerveau et prenaient le contrôle de votre corps… Et bien c’est ce qui arrive aux camps républicains et démocrates à Washington dans Braindead !
Une série un peu barrée, sans réel équivalent dans le paysage actuel, avec un début et une fin (non, il ne devrait pas y avoir de saison 2, et ce n’est pas la volonté des créateurs), avec des comédiens drôles et plusieurs niveaux de lecture (Trump et Hillary en toile de fond)…


The Saboteurs (aka The Heavy water war : les soldats de l’ombre), saison 1 ***

Tartine : Série norvégienne de Peter S. Rosenlund. 1943. Alors que l’Allemagne nazie entreprend de créer la première bombe atomique, une opération secrète s’organise afin de contrecarrer la menace…

Alors je triche un peu car je n’ai pas terminé la série (minisérie devrais-je dire : 6 épisodes). Et il ne s’agit pas vraiment d’une série de 2016 (2015 en fait). Mais je la trouve nettement plus intéressante que le décevant The man in the high castle, mal écrit et aux personnages mal développés.

Les sujets évoqués dans The Saboteurs (attention, on trouve la série parfois référencée sous le titre The Heavy water war) restent encore aujourd’hui polémiques et controversés : le rôle de la Norvège et sa relation à l’Allemagne pendant la guerre et celui de Werner Heisenberg, qui avait choisi de rester en Allemagne quand ses confrères avaient fui le pays… Une série chorale plutôt bien troussée, au casting international, bien rythmée.



Le Bureau des Légendes, saison 2 ***

Sol : Après une saison 1 qui démarre lentement mais devient peu à peu addictive, nous avons eu droit à une saison 2 complexe et nerveuse, avec un épisode de fin qui est le paroxysme de la tension qui s’installe au fil des épisodes. Une réussite à saluer, car nous ne sommes  pas toujours tendres avec les séries françaises. Celle-ci s’empare sans timidité malvenue des enjeux géopolitiques actuels au proche Orient et le fait de manière intelligente et passionnée. Elle réussit à traiter un sujet qui peut parler au monde entier, avec un ancrage très local dans la façon de montrer la diplomatie, l’espionnage, le renseignement. Et un Mathieu Kassovitz au sommet de sa forme.




Stranger Things, saison 1 ***

Tartine : Série télévisée américaine créée par Matt et Ross Duffer. Hawkins, Indiana, 1983. Le jeune Will Byers disparaît brusquement de chez lui. Le shérif enquête, les amis de Will s’interrogent et la mère du garçon constate d’étranges phénomènes…

Quoi dire sur LA série popcorn de l’été que tout le monde a vu ? Une série bourrée de références, capable de parler aussi bien aux quarantenaires (nostalgie, nostalgie…) qu’aux adolescents. De l’horreur, de la comédie, du suspense, il y en a pour tous dans Stranger Things… Mais c’est avant tout un magnifique hommage aux années 80 et à ses auteurs, de Carpenter à Spielberg, en passant par Stephen King et John Hugues…

Sol : La petite perle de l’année. La série de l’été 2016 qui a déjà fait beaucoup parler d’elle. Une série 80’s, mélange des univers enfantins de Spielberg et plus angoissants de Carpenter, superbement photographiée. Interprétée par des gamins doués qui rendent chaque personnage très touchant, une franche réussite, un truc que l’on n’attendait pas, une petite perle.

Aglaé : sûrement une des rares séries qui restera dans les mémoires pour cette année. En plus de faire (re)vivre toute une époque le scénario est complètement maîtrisé et l’idée de base géniale, évoquant Lovecraft ou autres mythes des univers miroirs. L’expérience à tenter.
 



Atlanta, saison 1 ***

Sol : Atlanta est une série créée par Donald Glover, un acteur déjà remarqué dans la très bonne série Community et en tant que rappeur, sous le pseudo Childish Gambino, avec déjà 2 très bons albums à son actif.  Le pitch wiki : « Deux cousins essayent de percer dans la scène rap d'Atlanta afin d'améliorer leurs vies et celles de leurs familles. »

Une série douce-amère qui parle de la communauté noire américaine d’une façon différente de ce que l’on a l’habitude de voir, avec un humour absurde parfois grinçant et une mélancolie assumée. Une dramédie, comme on dit, mais une bonne.



Mr Robot, saison 2 **

Sol : Je n’ai pas été déçu par cette deuxième saison comme certains. Elle est plus complexe et plus sombre que la précédente. On est toujours en immersion dans la psyché d’Elliott, ce génial hacker troublé et troublant mais les réalisateurs tentent des modes de narration qui surprennent le spectateur.

La série est plus que jamais pertinente sur le traitement des enjeux contemporains tels que la surveillance de masse, les théories du complot, la transparence, la manipulation, etc. Curieux de voir où nous mènera la saison 3.

samedi 19 décembre 2015

Bilan de l'année 2015 : mon top 11


L'année 2015 aura été riche en émotions, en partie grâce aux séries. Alors que l'arrêt de la série Mad Men marque selon certains la fin d'un âge d'or, il semblerait que les réalisateurs du petit écran ne l'entendent pas ainsi. Voici onze preuves qu'il fallait regarder la télé en 2015 :


1)      Mad Men

Comment vivre sans Mad Men ? C’est bien la question que je me suis posée lorsque je visionnais le générique de fin de cette fabuleuse série. Comment peindre le temps, rendre compte des années 50-60 aux Etats-Unis en racontant la vie de plusieurs personnages passionnants dans des décors ultra-soignés ? Les réalisateurs vous donneront la réponse. Certes, c’est une série exigeante, qui demande de la patience, mais quelle œuvre, quelle saga, quel souffle !

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/05/the-americans.html

2)      The Americans

Un couple d’espions russes sur le sol américain, pendant la guerre froide. J’ai déjà dit tout le bien que j’en pensais ici.

 
3)      The Affair
 
Je n’ai pas eu encore l’occasion d’écrire à propos de cette série. Je la trouve tout simplement passionnante. Le pitch n’avait pourtant rien d’extraordinaire : l’histoire d’une aventure extra-conjugale… Seule originalité : la même histoire est narrée selon le point de vue de chaque personnage. Le simple fait de voir évoluer les deux acteurs principaux suffit à procurer un plaisir croissant. L’intrigue policière voudrait nous faire croire au thriller, mais l’essentiel n’est pas là : il s’agit avant tout d’une histoire d’amours, d’une vérité troublante.
 

4)      Veep

C’est ce qu’on appelle un « grower » = une série qui se bonifie au fil des saisons. Les 1ers épisodes laissent perplexe, on rit peu, on sourit. Et puis, assez mystérieusement, on s’attache à cette vice-présidente et à sa bande, on la suit un peu malgré nous. Et puis on rit, franchement. Et puis on la suite 4 saisons durant et on se dit que cette saison 4 est décidément vraiment meilleure que ce qui a précédé : une satire politique très drôle et très cynique. Et puis Julia Louis-Dreyfus.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/08/geeks-hackers-quand-linformatique.html

5)      Halt catch & fire
 
Des geeks, des requins et des passions. La formidable aventure des débuts de l’informatique narrée à travers les yeux de 4 personnages complexes et attachants. J’en disais du bien ici.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/08/geeks-hackers-quand-linformatique.html
 
6)      Mr Robot
 
Une plongée dans la psyché d’un hacker troublé (c’est le moins qu’on puisse dire) et génial qui
pourrait bien déclencher une révolution. Une série complètement addictive.

 

7)      Rectify

 C’est l’histoire d’un mec qu’on a condamné à mort parce qu’il aurait violé et tué une jeune fille et qui finalement est relâché car provisoirement disculpé. Vous suivez ?! C’est surtout l’histoire d’un mec qui a passé toute son adolescence en prison et qui ressort un peu… perturbé. C’est un ado de plus de 35 piges qui redécouvre la vie à l’extérieur, lentement, étonné par tout ou presque. La série est dure (je vous aurais prévenu) mais d’une poésie rare. Lancez-vous.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/09/montre-moi-un-heros.html

8)      Show me a hero

Une mini-série basée sur des faits réels, qui se sont déroulés dans les années 80 à Yonkers. Avec un Oscar Isaac au somment de sa forme. J’ai (presque) tout dit ici.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/08/geeks-hackers-quand-linformatique.html

9)      The code
 
Une mini-série australienne surprenante. L’histoire de deux frères, l’un journaliste l’autre hacker surdoué, qui vont être confrontés à un secret d’Etat. Du très bon.


10)   Fargo
 
Cette saison 2 revisite encore une fois l’univers des frères Coen, et plus particulièrement l’environnement de leur film du même nom. Ca pourrait être indigeste et c’est pourtant tout le contraire. Des personnages finement croqués, des dialogues bien écrits et des paysages magnifiques. La série peine un peu à démarrer mais à partir de l’épisode 4, c’est complètement fou !

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/11/pablo.html

11)   Narcos

Pablo Escobar, ça vous dit quelque chose ? Même si vous répondez oui, je suis sûr que vous ne connaissez pas les détails de sa vie. Si ce n’était pas basé sur des faits réels, nous dirions que c’est trop gros. Un personnage « bigger than life », comme disent les américains. J’en ai dit + ici.
 
A vous maintenant!

Oncle Erneste : T'as pas autre à chose à faire que regarder la télé? A 35 ans, faudrait pt'êt' penser à aller voir les filles un peu, hein?

vendredi 28 août 2015

Geeks & hackers : quand l'informatique envahit votre tv


Oncle Erneste : c'est toi sur la photo?

Sol : Mais non enfin, tu vois bien que ce n'est pas moi tonton...

O.E. : Ah. Sinon tu te pointes comme ça, tu écris un truc alors que ça fait 2 mois que vous avez abandonné le blog? Tu crois peut-être que quelqu'un te suis encore? Franchement? 

Sol : Oui, bon... On s'est un peu reposé sur nos lauriers c'est vrai. Mais après tout, je n'ai pas envie d'être l'otage de l'infobésité.

O.E. : T'es maigre comme un clou.


Sol : Non, je te parle d'infobésité, de surinformation, de burn out.

O.E. : Tu essayes de me perdre mais ça marchera pas. Un blog ça s'entretient, comme une femme. Enfin sauf ta tante.

Sol : C'est pas très gentil, tonton. Bref, je reviens avec un gros article, un dossier même : l'informatique à la télé.

O.E. : Ah ben super. Tu penses que tu vas rameuter qui avec ça? Des binoclards boutonneux, des ados dépressifs et des gonzesses aux cheveux gras.

Sol : Alors ça c'est moche tonton. Franchement, je vais faire comme si je t'avais pas écouté. Je commence :

Qu’y a-t-il de moins télégénique que l’informatique ? Qu’un informaticien ? Désolé mais c’est un fait : de prime abord, il semble très difficile de rendre le tapotage sur le clavier passionnant. Sans compter le jargon qu’utilisent les informaticiens, langage ô combien obscur pour les non-initiés. Lorsqu’ils se pâment devant  les capacités d’un serveur, on a parfois du mal à exprimer la même émotion.

Et pourtant, depuis les années 80, les cinéastes ont tenté de rendre les enjeux de l’informatique palpables, de faire de ces frêles créatures binoclées des héros de film d’action. Ou tout du moins l’acolyte du héros.


Dans les années 2000, ce sont les séries tv qui se sont emparées de l’affaire. Et pour cause, le numérique a bouleversé nos vies : dans notre quotidien, sur le plan personnel, mais également au niveau mondial. La géopolitique ne peut actuellement faire abstraction des cyberguerres qui se mènent en souterrain entre les nations.

Si l’on ajoute à cela que les entreprises leaders dans le domaine du numérique ont un chiffre d’affaires équivalent au PIB de certains Etats, que leurs dirigeants sont écoutés par les plus grands présidents de la planète, on comprend bien que leur influence sur notre monde est tout sauf virtuelle.


The Code est une série australienne qui permet d’observer avec précision les mécanismes de protection de l’Etat lorsqu’il désire conserver un secret de portée nationale voire internationale. Les deux protagonistes principaux, deux frères, sont victimes de cette violence d’Etat. L’un d’eux est journaliste, l’autre est un hacker virtuose, qui souffre du syndrome d’Asperger. Leur relation est complexe et émouvante, et les acteurs sont remarquables.


Le réalisateur a imaginé un système pour visualiser les opérations effectués par le hacker lorsqu’il se trouve sur la toile : le contenu sort de l’écran pour s’afficher dans les airs, ce qui se révèle plutôt ingénieux. A défaut de comprendre, on visualise la progression de l’artiste qui s’infiltre dans des zones de non-droit, et les figures géométriques qui s’affichent et disparaissent font partie intégrante de son œuvre. Une esthétique du pirate, du voleur qui agit pour le bien.


A défaut d’être des génies, certains précurseurs dans l’univers de l’informatique se sont révélés être de véritables visionnaires. Dans Halt catch & fire, on suit plusieurs personnages passionnés de hardware (matériel) & de software (logiciels) qui vont, par leurs découvertes, enclencher le processus technique qui va aboutir à la révolution que nous connaissons actuellement.


Ce regard rétrospectif du réalisateur sur cette époque, à l’aune de ce que nous connaissons et vivons, procure un plaisir particulier pour le spectateur. On y voit les pionniers, les passionnés qui n’ont pas d’autre but que créer, ou simplement fabriquer dans leur garage. D’autres personnages ne possèdent pas leurs compétences techniques mais commencent à visualiser tout le potentiel commercial qui sommeille dans ces nouveaux outils.


Le bidouilleur rencontre le commercial, l’artisan rencontre le banquier. Comment articuler leurs intérêts qui, vous l’aurez deviné, en sont pas toujours identiques ? Comment vont réagir les grandes entreprises déjà en place, à la vue de ces jeunes prodiges qui risquent de tout faire basculer : les enrôler, les acheter, les contrer, les voler ou ne croiront-elles pas que la révolution est en train d’arriver ?

Dans Mr Robot, La série qui a alimenté le web durant l’été, un véritable génie de l’informatique est à l’œuvre. Elliot est employé dans une boîte de sécurité informatique le jour, et hacker la nuit. Il souffre de troubles psychologiques dont on ne connaît pas tout de suite la nature : autisme, syndrome d’asperger, schizophrénie, addiction ?


Le spectateur plonge littéralement dans l’esprit tourmenté du jeune pirate encapuché et assiste au déroulement de l’histoire à travers ses yeux. Une voix off entêtante, désenchantée, hallucinée finit de semer le trouble dans nos esprits.


La spécialité du personnage principal est de pirater les comptes (mails, dossiers médicaux, bancaires, etc.) de n’importe qui. Le réalisateur nous montre ainsi, si on ne le savait pas encore, à quel point toute notre vie et notre identité est désormais transférée dans le nuage d’internet. La confidentialité n’existe plus, un individu aux compétences techniques plus développées que la moyenne parviendra à découvrir les secrets de presque n’importe qui, pour le meilleur comme pour le pire. Car qu’est-ce qui anime Elliot ? Veut-il changer le monde pour un monde meilleur ou assumer ses pulsions destructrices, sa soif de contrôle ?


Ici les images de l’écran défilent à grande vitesse, pour montrer toute la dextérité d’Elliot. On assiste, éberlué, au pillage des informations et à leur manipulation. Elliot ressemble à un super héros dépressif, avec un sweat et une capuche noire comme costume, et des super pouvoirs qui lui imposent de grandes responsabilités. Et comme dans toute histoire de super héros, il y a un super vilain : Tyrell Wellick, ici particulièrement réussi.


Seuls bémols : Christian Bale, engagé ici pour jouer Mr Robot, est transparent à souhait / Le manichéisme n’est pas loin / Elliott est trop intelligent, troublé, bon pour être vrai ! / Enfin, on sent un peu trop que le réalisateur a fait un mix de plusieurs influences : Matrix, Fight Club, Dexter, American Psycho, peut-être le film Control.


Ces petites remarques mises à part, on a rarement vu un début de série aussi addictif. L’acteur principal est plutôt convaincant dans son rôle, qui ne doit pas être des plus simples à jouer. On l’accompagne dans une descente esthétisée vers un univers incertain et anxiogène à souhait. Reste à savoir si la saison 2 accentuera l’aspect adolescent superhéros dépressif  qui se cherche ou cherchera à complexifier ses personnages et trouvera ainsi un second souffle. A suivre.


Pour remonter des enfers de la pensée troublée d’ Elliot, rien de tel que regarder quelques épisodes de Silicon Valley. Je l’avoue d’emblée, j’ai mis beaucoup de temps à accrocher. On me l’avait vendu comme une série comique sur des geeks. Or, ce n’est pas big bang theory. Ici, pas de rires enregistrés ni de gags à la seconde. C’est une série très bien écrite qui évoque les difficultés d’un informaticien, créateur d’une application aux potentialités extraordinaires, pour faire connaître sa création. Il est épaulé de quelques autres geeks, tous très compétents dans leurs domaine, et tous plus ou moins déjantés. 


La série est drôle, voire très drôle parfois, et dresse un portrait assez acerbe des dirigeants de la Silicon Valley. La critique politique ne va pas beaucoup plus loin (on aurait pu imaginer bien pire), mais la série a le mérite de dépeindre une économie du numérique dans ses coulisses. On y voit les débuts difficiles de jeunes personnes arrivant en Californie pour faire de l’argent, comme les chercheurs d’or autrefois, et qui en repartent souvent ruinés. Au contraire, un adolescent peut se retrouver également millionnaire d’un jour à l’autre et propulsé à la tête d'une entreprise et responsable de plusieurs centaines d’employés.


L’informaticien est ici principalement vu comme un être décalé, du type impopulaire au collège mais  super fort en maths. Frêle et timide, le héros de l’histoire va semble-t-il prendre sa revanche sur l’univers de l’école où il devait se faire tout petit. A la Silicon Valley, les ex-souffre-douleur peuvent devenir les rois du monde (ou non).

Oncle Erneste : De mon temps, ça risquait pas.