vendredi 3 octobre 2014

Ma rentrée série tv : du très bon, du prometteur et du mauvais


Sol : Tonton, je n’ai pas posté depuis des mois sur le blog.

Oncle Ernest : Ben qu’est-ce qui se passe fiston ?

Sol : Je ne sais pas, je regardais des séries pendant qu’il pleuvait mais rien ne me plaisait. L’impression de déjà vu. Comme si tout était moyen, fade, pas mauvais, non, mais fade...

O.E. : Pas grave, toutes façons ce blog, c’était n’importe quoi et puis j’vais t’dire...

S. : Et puis j’ai eu la révélation, 3 séries de suite qui m’ont conquis !

O.E. : Ah ben tant mieux

S. : Allez, je me lance :

Du mauvais 

 

Hostages

Sur les conseils de Tartine, j’ai visionné quelques épisodes de la série israëlienne Hostages, où une famille est prise en otage par des méchants pas si méchants mais bien cagoulés par contre. Désolé Tartine, mais j’ai trouvé cela mauvais. Le scénario n’est pas si mal, on peut se laisser prendre par l’intrigue mais... c’est tout. Le jeu des acteurs est très faible, seule le médecin sauve l’honneur. L’image est laide et les effets de caméra sont désastreux : le zoom rapide sur un visage avec un gimmick audio angoissant, ce n’est plus possible en 2014 !

Du très bon


Fargo 

Je ne vais pas m’étaler (attention jeu de mots en approche) car Tartine en a déjà parlé ici-même. Une grande surprise. Elle se classe facilement meilleure série de l’année – en attendant de voir mieux - : originale, tragi-comique, haletante, elle regorge de punchlines et autres scènes magnifiques qui resteront un petit moment dans notre petite tête : le travelling sur le bâtiment..., la poursuite dans le blizzard. Une pléiade de très bons acteurs + des dialogues savoureux = dix épisodes de pur plaisir.


True Detective 

Là non plus je ne m’étalerai pas, on en a déjà assez parlé. N’empêche que, le concert de louanges est mérité. Deux acteurs au sommet de leur art, deux flics qui enquêtent dans des payages désolés, cadrés par des plans d’une grande beauté, ça ne se refuse pas. Lente, angoissante, hypnotique,  cette série est conçue comme un film de 8 heures qu’on ne verrait pas passer. Si vous êtes réfractaires aux codes du polar, passez votre chemin cependant : la trame est ultra-classique, Matthew Mc Conaughey en fait des tonnes et pourtant... ça fonctionne parfaitement. A voir, ne serait-ce que pour le plan séquence de l’épisode 4, d’une intensité exceptionnelle.


The Honourable woman

Nous en parlerons très prochainement ici même avec Lady Tartine. Un thriller anglais sur le conflit israëlo-palestinien...

Oncle Ernest : Oh mon Dieu...

Sol : Quoi ?

Oncle Ernest : jusque là je te suivais, mais là je sens que ça va redevenir chiant...

S. : Détrompe toi tonton, cette série faite partie des meilleures dans le genre « espionnage / géopolitique », surtout d’un point de vue scénaristique. La psychologie des personnages est très bien étudiée, approfondie, tous les personnages secondaires sont remarquables. Ce thriller est complexe car il étudie les relations entre les Etats, les services secrets, les terroristes, les diplomates mais aussi et surtout... les Hommes. Les petites histoires font la grande, et l’on ressort de cette série ému et plus intelligent. L’utile à l’agréable en somme.

Seule ombre au tableau : l’actrice principale...

Du prometteur :


Girls

Bon. Pour défendre cette série, ça ne va pas être simple.

Oncle Ernest : j’ai lâché dès que tu as prononcé le titre...

S. : Un internaute disait : « attends 1 heure d’épisodes, au début c’est hard ». Effectivement, les deux premiers épisodes (chaque épisode dure 30 min)  sont bavards et très âpres, voire irritants. On suit le quotidien de jeunes new-yorkaises sans grand problème (financier) mais avec des grands problèmes (amoureux).

Je ne saurai dire pourquoi, mais j’ai persisté. J’ai regardé l’épisode 3, puis 4 puis 5 et j’ai maintenant très envie de regarder la suite. Les personnages se complexifient et l’on se retrouve devant un « Sex & the city » plus jeune, avec les problèmatiques contemporaines des jeunes adultes : il est beaucoup question d’engagement, ou plutôt de non-engagement. La série est bavarde, il est vrai, mais les dialogues sont très bien écrits, le regard est acerbe et ne flatte aucun personnage. Pour définir cette série, je dirai que c’est une rencontre entre Woody Allen et Judd Apatow (qui est producteur de la série). Je ne sais ce que cela donnera sur le long terme, mais le début est prometteur.

Le ton est drôle, enjoué et on est surpris de s’attacher à ces personnages féminins qui semblent être constamment désabusées, tristes ou hilares. Derrière le dynamisme apparent, les propos rentre-dedans, se cachent beaucoup de questions : où sont les repères, qu’est-ce qu’une relation, de quoi l’avenir sera fait ?! Bon j’avoue, on pourrait facilement s’en moquer, mais faites comme moi, accrochez-vous un peu, et vous verrez que tout n’est pas si futile que ça en a l’air.


Oncle Ernest : Ben voyons, le quotidien de gosses de riches new yorkais, qui se demandent quelle robe elles vont mettre le soir ou s’il faut envoyer un sms plutôt qu’appeler leur pseudo petit copain, plan q, on sait plus trop... eh ben je m’en f... éperdument, tu vois.

S. : mais attends tonton, tu as l’air très au courant quand même ?

O.E. : Hein ? non, pas du tout, c’est juste ta tante qui regardait ça, du coup j’avais pas le choix, j’y jetai un oeil de temps en temps.

S. : Impossible. Tata est morte avant la création de la série...

O.E. : Bonne nuit fiston.

S. : Il est 13h
O.E. : Ben va faire la sieste et lâche-moi un peu tu veux !






Petites précisions : 

Hostages : 1 saison, 10 épisodes (série achevée)
Fargo : 1 saison, 10 épisodes (avec une vraie fin, la saison 2 repartira sur d'autres bases)
True Detective : 1 saison, 8 épisodes (pareil que pour Fargo)
The Honourable woman : 1 saison, 8 épisodes (série achevée)
Girls : 3 saisons diffusées, une 4ème saison est prévue


jeudi 18 septembre 2014

Klondike

Tartine : Voilà quelques longues semaines sans intervention sur le blog ! Il est temps de reprendre le boulot !
Jeannine, comment vas tu ?

J. : Très bien, merci. J'ai passé de bonnes vacances... Toi aussi ?

T. : Bonnes, aussi, merci. Par contre, côté grand et petit écran, j'ai eu un peu de mal à me mettre quelque chose sous la dent ces dernières semaines. Rien de follement épatant. Je voulais juste dire deux mots sur une série qui ne m'a pas vraiment attirée à la base par son scénario, mais plutôt à cause de son casting :

Klondike, une mini série -en 3 parties de 90 minutes chacune- sur la ruée vers l'or.

J. : Un western ?

Sam Shepard
T. : Oui. Nous suivons le destin de deux amis, Bill et Epstein, à la toute fin du 19e siècle, qui entreprennent une ruée vers l'or, dans le territoire sauvage du Yukon. Ils vont s'aventurer dans un lieu prometteur mais balayé par un climat imprévisible et gangréné par des hommes dangereux et opportunistes. Ils vont y croiser aussi ceux dont on détruit la vie et la culture, et quelques personnages bienveillants, tentant de survivre dans un environnement hostile...

Abbie Cornish

J. : Et tu as aimé ?

T. : L'ensemble se regarde bien. C'est bien filmé, avec une reconstitution historique impeccable et c'est forcément très bien interprété. Le casting est royal : Richard Madden (le Robb Stark de GOT) tient le rôle principal, entouré d'Abbie Cornish en femme forte, Tim Roth en méchant (c'est toujours mon chouchou), Sam Shepard en prêtre sympa et Ian Hart en opportuniste.... C'est une bonne série d'aventure, qui ne manque pas de souffle. Après, elle reste dans le registre "classique" et n'égale pas la superbe et brutale Deadwood (série HBO).

Mais il y a ce qu'il faut de rebondissements et le tout se regarde avec plaisir... Bref, une mini-série de qualité.



lundi 28 juillet 2014

Triste fantastique

Tartine : Une fois n'est pas coutume, je vais évoquer 2 séries vraiment moyennes, toutes les deux sur le thème du fantastique...

Tout d'abord, Helix : une équipe de scientifiques enquête sur une redoutable maladie dans un centre de recherche en Arctique. La survie de l'humanité est entre leurs mains...


Une vraie déception. Située dans un sillage proche de X-Files, la série ne parvient jamais à passionner (à commencer par son héros ennuyeux et les deux femmes qui lui gravitent autour, et qu'on n'arrive pas à distinguer l'une de l'autre). Scénario déjà vu, interprétation fade, rebondissements attendus, personnages caricaturaux... Mention très passable, quoi...


Ensuite, The Strain : lorsqu'un Boeing 777 atterrit à l'aéroport new yorkais JFK sans qu'aucun signe de vie n'en émane, Eph Goodweather, un scientifique spécialisé dans les épidémies et les attaques biologiques, est dépêché sur les lieux. A l'intérieur de l'avion, il découvre que tous les passagers, sauf 4, sont morts, probablement tués par un étrange virus...


Adapté des romans de Guillermo del Toro et Chuck Hogan, La Lignée. On pense encore et toujours à X-Files, avec une histoire de vampires. Le suspense est mieux dosé que dans Helix, mais le pilote est interminable, le second épisode pas palpitant non plus et le héros, encore une fois, bien palot... Mention moyenne...

Jeannine : Sale temps pour les séries fantastiques ?

Tartine : Sais pas. Mais je n'ai pas terminé la première et je ne sais pas si je continue la deuxième... Mais du coup, je ne conseille ni l'une, ni l'autre...

Jeannine : Tiens, il y a oncle Erneste qui demande si Scarlett est dans l'une ou l'autre des séries...

mercredi 16 juillet 2014

Un polar de charbon et un ovni enneigés


Sol : C’est l’été, j’ai vu deux très bons films.

Oncle Erneste : T’as que ça à faire en été, t’enfermer dans une salle ? Tu peux pas aller draguer des filles au bord du plan d’eau comme tout le monde ?

S. : Non j’en ai pas envie tonton, il est nul ce plan d’eau ! Et puis, dans le 1er film que j’ai vu, c’était Scarlett Johansson l’actrice principale..

O.E. : Ah, ‘scuse fiston, je savais pas. Et elle fait quoi Scarlett dans le film ?

S. : Eh bien elle joue une extraterrestre qui débarque en Ecosse, attire des hommes dans un liquide noir pour les faire disparaître.

O.E. : Tu fais comme les autres jeunes en fait, tu prends de la coke !

S. : Mais non tonton, je sais, c’est un peu étrange mais c’est la réalité... du film. J’ai trouvé ce film visuellement époustouflant. Tout le film est traversé par deux esthétiques opposées sur le papier, mais complémentaires à l’écran : l’abstraction des effets visuels d’une part (on pense à Kubrick époque 2001 odyssée de l’espace) et l’hyper réel d’autre part, avec des plans tournés façon caméra cachée, dans la rue.


Les éléments naturels occupent une grande place dans ces plans baignés d’une lumière sombre : il pleut, il vente, il neige beaucoup. Les dialogues sont très rares et l’étrangeté, l’angoisse du film gagne peu à peu le spectateur, grâce notamment à une bande-son parfaite.


Tout n’est pas que prétexte à une débauche de trouvailles visuelles. Ce pourrait être le cas venant d’un réalisateur qui a réalisé pas mal de clips. On est littéralement embarqué dans le voyage initiatique de cette extraterrestre qui va découvrir le trouble en côtoyant l’humanité. C’est un trip halluciné, une expérience physique comme seul le cinéma peut en procurer.


O.E. : Ok. Mais Scarlett, elle...

S. : Oui on la voit nue à plusieurs reprises tonton.

O.E. : Ah mais c’est pas ce que je voulais dire ! T’as vraiment l’esprit mal placé fiston, je voulais juste savoir si elle meurt à la fin.

S. : Ahah. Pardon. Evidemment... que je ne le dirai pas.
Parlons plutôt de l’autre très bon film que je vous recommande, « Black Coal ».


O.E. : Le pitch, fiston, le PITCH !

S. : Ok tonton, je vois que tu as bien intégré ce nouveau terme, le voici :
« En 1999, un employé d’une carrière minière est assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. »

O.E. : Ah mais ça se passe en Chine ?

S. : Oui tonton, mais je ne vois pas où est le problème ? Tous les critiques évoquaient un film très complexe, avec des intrigues à tiroir, etc. Alors certes, il faut s’accrocher un peu, mais il n’y a aucun souci pour comprendre la trame de ce polar somme toute assez classique. Le réalisateur a dit s’être inspiré du « Faucon Maltais ». Je suis moi-même un grand fan de films noirs et notamment de celui-ci, on pense également au « Grand Sommeil ».


Les plans sont d’une grande beauté, les acteurs sont très convaincants et l’intrigue est intéressante mais ce n’est pas tout : ce polar respecte tous les codes classiques du genre mais déborde également du cadre. Contrairement à Jia Zhang-ke qui s’intéressait de manière grandiose aux dérives d’un système capitaliste chinois dans a Touch of sin, Yi’nan Diao se focalise quant à lui sur le caractère humain de ces dérives, son absurdité. Même si l’histoire n’est pas réelle, le réalisateur a précisé dans une interview qu’ « il se passe beaucoup de choses en Chine aujourd’hui, des histoires parfois si absurdes qu’il est difficile d’imaginer qu’elles soient vraies, des faits auxquels vous auriez du mal à croire dans un film ou dans un livre ».

O.E. : Ca je veux bien le croire !


S. : Le film s’attache aux détails et capte ainsi l’essentiel. La violence est crûe, les lumières nous éblouissent, la froideur est perceptible, on entend les pas : plus qu’un cinéma réaliste, c’est un cinéma du réel. A la vue de ces deux films (je parle ici de Touch of sin et de Black Coal), j’ai parfois pensé à des écrivains russes. Allez savoir pourquoi...


O.E. : Bon, je vais essayer de le voir.

S. : Black Coal ?!

O.E. : Mais non abruti, le film avec Scarlett. Ca a l’air bizarre, mais bon, ta tante aussi était un peu perchée quand je l’ai rencontrée, et pourtant... je me souviens encore, après le concert, dans la Simca...

S. : Stop, je dois y aller, j’ai un rendez-vous avec la mutuelle, à plus tard tonton !



jeudi 26 juin 2014

Babycall


Tartine : Anna a fui son ex-mari violent, avec son fils de 8 ans, Anders. Ils emménagent dans un petit appartement, gardant leur adresse confidentielle, et ne recevant la visite que de deux agents des services sociaux. Terrifiée à l’idée que son ex-mari ne les retrouve, Anna achète un babyphone pour être sûre qu’Anders soit en sécurité pendant son sommeil. Mais d’étranges bruits, provenant d’un autre appartement viennent parasiter le babyphone. Anna croit entendre les cris d’un enfant... 

Le scénario de Babycall, du norvégien Pal Sletaune, est d'une simplicité redoutable. Impossible de ne pas se dire qu'on a déjà lu ça quelque part...


Pourtant, l’œuvre possède deux atouts majeurs : le premier est la formidable Noomi Rapace, qui porte le film sur ses frêles épaules, et le second est cette atmosphère de paranoïa latente dans laquelle le réalisateur plonge son héroïne.

En provenance de Scandinavie, cette tragédie aux allures de film fantastique (Babycall a obtenu le Grand Prix 2012 du Film Fantastique de Gérardmer) tisse sa toile autour du personnage d'Anna, dont le fragile équilibre tend à se fissurer à tout moment. L'amour d'Anna pour son petit garçon est tout ce qui la maintient encore debout, elle qui a tant été persécutée...


Le film de Pal Sletaune m'a beaucoup fait penser à Dark Water d'Hideo Nakata, lui aussi Grand Prix de Gérardmer en 2003 : la peur qui s'insinue petit à petit en Anna comme en Yoshimi (l'héroïne du film de Nakata), ce climat de tension et d'angoisse dont sont imprégnés les deux films, cet équilibre entre réel et surnaturel, entre réalité et fantasme, et bien sûr ces deux magnifiques histoires d'amour mère-enfant, jusqu'au sacrifice...

Je n'en dirais pas plus pour ne pas spoiler aucun des deux films...

Babycall est un très joli exercice de style...

Jeannine : Hein ?... Qu'est ce que tu as dit ? J'ai pas entendu, je regardais le match...




vendredi 6 juin 2014

Le Choc cinématographique de ma courte vie


Sol : Je vais m’adonner à un exercice quelque peu périlleux : parler d’un film sur lequel tout a sans doute déjà été dit et écrit. Je n’ai rien lu de ces critiques et commentaires, qu’ils soient d’époque ou non. Je vais tenter d’en parler avec un regard neuf et humble, qui est le mien. Stalker est le dernier film du réalisateur russe Andrei Tarkovski, le premier que je vois. 

Le résumé :
Il existe une zone, lieu dont personne ne connaît la nature. A-t-elle été touchée par une bombe atomique ? Une météorite ? La venue d'extraterrestres ? Cette zone est crainte par tout le monde et cernée par la police. On ne peut y entrer : elle est considérée comme dangereuse. En son cœur, on dit qu'il existe un lieu, « la chambre », où tous les souhaits peuvent être réalisés. Des passeurs, nommés « stalkers », peuvent guider ceux qui tentent d'atteindre la zone…


Les sensations que l’on peut éprouver devant les premières images du film sont multiples : la surprise, la mélancolie ou la perplexité. Dire que ce film est cérébral, dans le bon sens terme, n’est évidemment pas faux mais réducteur : c’est une expérience visuelle unique, une expérience physique. Le noir et blanc très contrasté, avec un grain si particulier place d’emblée le spectateur dans une dimension inconnue. L’image va évoluer au fil du film et contribue, à l’instar du scénario, à nous placer sur le champ de l’incertitude.

Les images, parlons-en : comment expliquer que certains plans nous restent gravés en mémoire pendant des semaines, des mois voire des années, sinon le fait qu’ils sont le fruit d’un travail et d’une création remarquables ? Comment oublier le parcours de ces personnages au caractère opposé, leur visage qui reflète si bien les passions de l’âme ? Ces trois hommes embarqués dans une aventure physique et spirituelle vont s'entraider puis s'affronter dans une quête philosophique. Stalker fait partie des films qui inventent un langage, ouvrent des possibles. C'est une œuvre totale, qui hante l’esprit, alimente la réflexion et les sens.


Horace écrivait « ut pictura poesis erit » : il en est de la poésie comme de la peinture. Le cinéma est comparable aux deux arts, les intègre presque. Le poète crée des images dans nos esprits, le peintre y crée des mots. Le cinéaste par les images crée des mots, et par les mots des images. Tarkovski est un peintre, un poète mais surtout un cinéaste de génie.

Son œuvre, radicale par sa mise en scène, lente et contemplative, respecte une narration classique. Sur le parcours des trois personnages principaux, plusieurs lectures pourront être faites. Comme ce fût le cas pour « 2001 Odyssée de l’espace », de nombreuses interprétations ont vu le jour suite au film de Tarkovski. Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain là, d’autres l’ont déjà faitmieux que moi.


Stalker est un film de Science-fiction qui transcende le genre par son caractère humain et universel. La dimension métaphysique du film pourrait rebuter certains spectateurs, on ne frôle pourtant jamais le pensum froid et complexe. Si l’on a déjà lu Dostoievski, on saura qu’une œuvre dense peut être lue sans peine, avec passion. C’est le cas de Stalker, qui est un film audacieux, surprenant, radical, métaphysique et charnel : une œuvre totale, disais-je, sur la foi et la raison, qui bouleverse et féconde, qui surprend et émeut, qui parle au cœur et à l’âme, en somme.

Oncle Erneste : C’est moi qui vais piquer un somme…



lundi 26 mai 2014

The Crimson Field


Tartine : Comme tout le monde est au courant (à moins de vivre sur une autre planète ou d'être âgé de moins de 2 ans), cette année est celle du centenaire de l'entrée dans la grande guerre. Si on a pas mal vu la seconde guerre mondiale mise en scène à la télé (séries ou mini séries : Band of Brothers, Un village français, Restless, Fortitude... ou les vétérans Papa Scultz, Têtes brulées, Holocauste...), as-tu déjà vu une série télé sur la première guerre mondiale, chère Jeannine ?

Jeannine : Euh...

Tartine : Hum ?

Jeannine : Attend ! Euh..., non en fait...

Tartine : C'est normal, il n'y en a pas des masses. Récemment (2012) il y a bien eu Parade's End avec Benedict (Cumberbatch, bien sûr) et Rebecca (Hall, of course), mais c'est quasi tout...


Mais cette année, la BBC a mis en chantier une série intitulée The Crimson Field, qui met en scène des soignants et leurs patients dans un hôpital improvisé en plein champs, en France, pendant la première guerre mondiale : on suit donc quatre jeunes femmes qui se sont engagées comme infirmières volontaires et leurs rapports à la hiérarchie (qui ne veut pas trop de ces femmes inexpérimentées), aux patients, aux médecins et à l'armée...


 Jeannine : Tu m'intéresses...

Tartine : On pense bien sûr à la récente saison 2 de Downton Abbey (d'ailleurs on retrouve l'un des comédiens de Downton Abbey dans The Crimson Field) qui explorait les conséquences de la guerre sur les hommes (les aristocrates avaient transformé leur demeure en hôpital pour accueillir les blessés) mais en restant plus en retrait qu'on ne l'est dans The Crimson Field. Là, le scénario ne nous entraine pas au cœur des batailles (même si on est proche du front : de constants bruits de tonnerre résonnent), mais nous conte l'horreur des traumatismes physiques et psychologiques, qui affectent petit à petit aussi les soignants et particulièrement les femmes (puisque c'est à travers leurs regards que la série est développée).

Jeannine : Ouf, alors ce n'est pas trop violent ?


Tartine : Non, pas du tout. Même toi tu peux le regarder ! Les personnages sont bien écrits (chacun avec ses blessures, affrontant l'atrocité de la guerre). Pas de caricature, beaucoup de complexité et de subtilité dans les rapports. Et de bien belles performances (Jodhi May et Rupert Graves dans le second épisode par exemple, et bien sûr le casting principal, à commencer par Kevin Doyle (Molesley dans Downton Abbey), Hermione Norris, Kerry Fox ou encore Oona Chaplin,
Spoiler:
{fraichement ressuscitée des Noces Pourpres de Game of Thrones...}
Même le générique est super joli (et colle parfaitement à la série) : un champ de coquelicots symbolisant le rouge du titre et donc le sang versé...

En espérant qu'une seconde saison soit commandée par la BBC, parce que 6 épisodes, franchement, ce n'est pas suffisant ! Bref; je recommande chaudement !


vendredi 9 mai 2014

La belle surprise

Alison Tollman (Molly Solverson) dans Fargo

Tartine : J'ai intitulé ce post "la belle surprise", parce que honnêtement, je n'attendais pas grand chose de ce "remake" du (formidable) film des frères Coen. Je veux parler de Fargo. La série s'intitule d'ailleurs sobrement Fargo aussi. Et bien, encore une fois, j'avais une mauvaise première impression.

Jeannine : Coucou Tartine ! 

Tartine : Salut J., tu as l'air en forme !

Jeannine : 2 heures de qi gong ! A qui tu parlais ?

Tartine : A mes amis du blog.

Billy Bob Thornton (Lorne Malvo) dans Fargo

Jeannine : Mouais... Tu parlais encore toute seule, hein ?

Tartine : ... Mais pas du tout.

Jeannine : Allez va, je reste pour t'écouter... Je sais pas pourquoi mais je subodore que tu parlais d'une série...

Tartine : C'est vrai ? T'es une soeur J.

Jeannine : Arrête de m'appeler J.

Tartine : Ok J., euh, Jeannine !... Alors voilà, il s'agit de la série remake du film des frères Coen, Fargo. Les Coen sont producteurs du projet.

La série -en 10 épisodes (à la manière de True Detective : une saison, une histoire)- reprend le même récit que le film de 1996 mais en différent. On reprend le même décor : le Minnesota, la neige, on reprend le personnage de loser qu'interprétait à la perfection William H. Macy dans le film -ici incarné aussi à la perfection par l'adorable Martin Freeman- et les habitants et voyageurs un peu zarbis du bled et des alentours... Et on remue l'histoire, et on en ressort des épisodes au ton décalé, comme un film des frères Coen. On baigne dans une ambiance à la fois grinçante, drôle, parfois mélancolique. C'est très beau, c'est très triste, c'est très très réussi.

Jeannine : C'est vrai que le film était vraiment bien. Je ne sais pas si j'aurais envie de voir une série sur le même sujet.


 Martin Freeman (Lester Nygaard) dans Fargo

Tartine : Je dois dire qu'au départ, ce sont les comédiens qui m'ont attirée : Martin Freeman of course et puis Billy Bob Thornton, génial interprète de The Barber, autre opus des frères Coen. Et puis il y a aussi le formidable Oliver Platt, le mari de The Big C, dans un second rôle...

Les personnages (le gars faible et pathétique, le psychopathe, la flic intègre et naïve...) sont tous diablement bien écrits. Il y a un univers, il y a des personnages, il y a des interprètes admirables (Martin Freeman est tout bonnement exceptionnel (je me répète, je sais), et Billy Bob Thornton, en tueur calme et patient est irrésistible. La série ne pourrait être qu'une extension inutile du film, mais ce n'est pas le cas. C'est un régal à part entière et une merveille d'humour noir, qui en plus d'être épatante, réinvente l'univers dont elle s'inspire.

A ton écran J. ! Heu, Jeannine !!!






dimanche 13 avril 2014

Hostages


Jeannine : Bonjour Tartine !

Tartine : Salut J. ! Ca va ?

J. : Oui. Je viens de voir une nouvelle série tip-top !

T. : Toi ? C'est quoi ?

J. : Une série qui s'appelle Hostages, sur une famille prise en otage et dont la mère, chirurgien, doit faire en sorte que le premier ministre, son prochain patient, ne sorte pas vivant de la salle d'opération. Sinon, son mari et ses deux enfants seront assassinés.


T. : Je viens juste de la terminer aussi ! Quelle version as-tu vu ? La version originale israélienne ou le remake us ?

J. :... Ah ben... J'en sais rien. Il y a deux versions ? Je sais pas, ils causaient français... En même temps, c'est vrai qu'il y avait de drôles de caractères sur les portables...

T. : ... Tu as vu la version israélienne alors. Les Américains ont passé l'original à la moulinette. Moi aussi j'ai préféré voir cette version ci. De toutes façons, le remake a été et mal critiqué et mal reçu par le public US. L'original donc, Hostages (Bnei Aruba en VO) est une série israélienne en 10 épisodes réalisé en 2013.

 http://www.messeriestv.fr/wp-content/uploads/2014/03/hostages-canal-plus.jpeg

J. : C'était bien, hein ?

T. : Très efficace, hyper bien ficelé, très bien interprété (surtout les deux principaux interprètes Ayelet Zurer et Yair Lotan). Au cœur de la société israélienne, un presque huis-clos aux épisodes courts et nerveux, aux personnages fouillés et intéressants, à l'intrigue faite d'une succession de révélations progressivement amenées, sans grosse artillerie... Une œuvre à la fois énergique, toujours juste et ultra prenante. Après Hatufim, une nouvelle pépite israélienne !

J. : Exactement Tartine !






lundi 31 mars 2014

Entre rêve et réalité


Tartine : J'ai vu deux jolis films la semaine dernière. Des films sur le rêve, sur les histoires qu'on s'invente pour enjoliver la réalité.

Jeannine : Je reviens justement de mon cours de qi gong ! 

T. : ... Quel rapport ?

J. : Ah, ben aucun mais je vais aller prendre une douche.

T. : Donc tu n'as pas le temps.

J. : Si, si, ça me donnera des idées pour ce week-end ! 

T. : Le premier, c'est Saving Mr Banks (Dans l'ombre de Mary in french) de John Lee Hancock, avec les vétérans Emma Thompson et Tom Hanks. Le second c'est La Vie rêvée de Walter Mitty de et avec Ben Stiller.

J. : Ah oui ! Mais ça ne parle pas de sport !

T. : Mais je n'ai jamais dit que ça parlait de sport.

J. : T'es sûre ?

T. : Affirmative. Saving Mr Banks raconte les déboires de Walt Disney au début des années 60 pour convaincre la romancière Pamela Travers de lui céder les droits d'adaptation de Mary Poppins, celui de ses romans auquel elle est le plus mystérieusement attachée. La Vie de Walter Mitty conte l'histoire d'un homme ordinaire, coincé dans son quotidien et dont les rêves sont les seuls moments d'évasion. Jusqu'au jour où il trouve le courage de passer à l'action dans le monde réel.

J. : Il devient manager d'une équipe ? 

T. : Pas du tout. Ce sont deux beaux films, qui on des attaches communes : on a deux célibataires très enfermés dans leur solitude. Elle vit dans ses souvenirs depuis des années, impuissante à surmonter le drame qu'elle a vécu dans son enfance. Il est dans l'incapacité de se sortir de ses "bulles d'absence". Elle va revivre cette réalité douloureusement enfouie et lui va se retrouver plongé dans le monde réel pour la première fois.

Saving Mr Banks est, certes, conventionnel dans sa mise en scène, et il s'égare un peu dans les flash back, mais il est aussi savoureux, juste et émouvant. Et on y retrouve une Emma Thompson magistrale, accompagnée d'un Tom Hanks délectable et roublard. On passe un très joli moment de cinéma.Quant à La Vie rêvée de Walter Mitty, c'est le plus beau film de Ben Stiller, décidément aussi doué pour le jeu que pour la mise en scène. C'est mélancolique, inventif et très touchant. On dirait du Capra. Ça fait du bien.

J. : Bon, ben je vais prendre ma douche, moi !









samedi 15 mars 2014

Beauté mafieuse



Sol : Aujourd'hui, je vais vous parler de deux films : Election (Johnnie To) et Une Autre femme (Woody Allen). Quel rapport entre les deux ? Aucun. Enfin si, si l’on veut : la beauté.

Oncle Erneste :  On peut passer directement au film de baston ?



S. Ah très bien tonton, tu connais donc le film de Johnnie To, réalisateur hong-kongais.

O.E. : J’aime bien les bridés qui se foutent sur la gueule, ils le font plutôt bien.

S. Bon tonton, tu vas trop loin cette fois, avec ce type de remarques, je vais me faire licencier.

O.E. : Ben quoi ?

S. Bref. Précisons d’emblée que je ne connais absolument pas le cinéma de Hong-Kong, réputé notamment pour ses films d’action de grande qualité (mais pas que). Election ne fait pas exception à la règle. Johnnie To est un réalisateur virtuose, qui filme avec maestria une triade qui va se trouver confrontée à un épisode de leur vie démocratique plutôt difficile à gérer.

Comme tous les deux ans, la Wo Shing, très ancienne triade, doit élire un nouveau président. Une guerre sanglante oppose les prétendants, tous les coups sont permis, y compris la remise en cause des règles immuables du combat.

Le rythme est haletant, les corps sont constamment en mouvement dans un ballet mafieux plein de rebondissements.  Les scènes de violence, finalement assez rares, sont de traitées de manière surprenante : esthétisées parfois,  lors de combats à la chorégraphie parfaitement maîtrisée, et crues lorsque le ton se veut plus grave, sans musique de fond.

O.E. : Et quand il lui éclate la pierre sur la tête, t’as oublié de le dire, c’est du grand art !

S. : Pas faux tonton, pas faux. Je vous recommande chaudement ce 1er opus (il existe une suite : Election 2), qui vous donnera peut être envie, comme cela a été le cas pour moi, d’explorer lafilmographie de ce réalisateur et le cinéma hong-kongais en général.

O.E. : Le gros il m’a fait penser à Luigi, dans le genre « je gère tout tranquilou mine de rien ».

S. Effectivement, on pense d’ailleurs forcément à la mafia italo-américaine filmée par Scorsese, avec son code de l’honneur, son histoire et ses règles strictes qui vont finalement être transgressées.


O.E. : Je préfère quand même les pâtes de Gina aux nouilles bouillies des…

S. Hop hop hop. Tu mélanges un peu tout tonton. Néanmoins, les pâtes de Tata Gina sont les meilleures au monde. Passons maintenant au film de Woody Allen, « Une autre femme », sorti au cinéma en 1988.

O.E. : Je vais piquer un somme.

S. : Le synopsis : « Parce qu'elle surprend par hasard les confidences dramatiques d'une jeune femme, Hope, avec son psychiatre, Marion, intellectuelle de cinquante ans, à la vie réglée comme papier à musique, va tout remettre en question. Elle va s'interroger sur elle-même et démêler ses souvenirs embrouillés pour découvrir en elle-même une autre femme qui la stupéfie. »
J’ai découvert ce film de Woody Allen, un peu par hasard, avec un grand plaisir. Je voulais choisir une comédie légère et jazzy pour occuper mon esprit lors d’un long voyage en train… quelle n’a pas été ma surprise devant cette œuvre grave, mélancolique voire dépressive !

La beauté de cette femme dure, dont l’armure se fend soudainement, est saisissante. La mise en scène transcende une introspection douloureuse, où cette femme de 50 ans s’interroge sur sa personne et son parcours au point de remettre en question chaque étape décisive de sa vie. La photographie est très Bergmanienne et l’usage qui est fait de la musique classique accentue ce sentiment d’hommage au réalisateur suédois.

Je vous incite à voir ou revoir ce film au casting prestigieux, qui regorge de trouvailles visuelles, et qui montre à quel point la grâce pouvait habiter ce réalisateur à ce moment de sa carrière.

O.E. : c’est fini ?

S. : Oui.

O.E. : Bon ben bonne nuit.

S. : Bonne nuit. Je t’aime tonton.

O.E. : RRRrron RRoonppicchh Rrron piicch…